Domotique et norme AFNOR : conformité validée

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Par Aurélien Blaise, Customer Experience Manager chez NodOn®
Les passages italiques sur fond gris correspondent à des citations de l’article original.

Inter-prêté au fil de l’eau*

A ce jour, je m’insurge à l’encontre d’un article publié par la FFIE (lien ici) qui partage une interprétation biaisée de textes édités par l’AFNOR concernant les règles à respecter dans une installation électrique.

Laissez-moi donc vous partager ma lecture de ces mêmes textes et je vous laisserais vous faire votre propre opinion sur ce sujet dont les limites semblent être beaucoup moins définies que la FFIE ne le suggère et que ces textes font appel à un certain discernement de la part de l’installateur.

 

Commande d’éclairage dans les logements : les entreprises de la FFIE appliquent la norme validée par l’AFNOR.
La NF C 15-100 (10.1.3.8.1 “Dispositifs de commande fonctionnelle”,) indique que “Chaque local équipé de point d’éclairage doit disposer d’au moins un circuit de commande.” Par définition, un circuit constitué de conducteurs actifs est un circuit dit “filaire”.
En effet :
* Au 251.1 la NF C 15-100 de 2002 reprend la définition du vocabulaire international* :

“circuit (électrique) (d’installation électrique) : ensemble des matériels électriques de l’installation électrique alimentés à partir de la même origine et protégés contre les surintensités par le ou les mêmes dispositifs de protection. Un circuit comprend les conducteurs actifs, de protection et les appareillages associés. »
* En complément, au sens du 232.1 de la NF C 15-100 de 2002, un conducteur actif est un “conducteur affecté à la transmission de l’énergie électrique, y compris le conducteur neutre en courant alternatif et le compensateur en courant continu.”

Si je n’ai aucun doute sur la compétence des entreprises de la FFIE à appliquer la norme NF C 15-100 et suis tout à fait en accord avec cette définition, en revanche je ne vois aucune mention sur le fait que le “circuit de commande” doive impérativement être à déclenchement manuel et ne peut pas être commandé par un système tiers. Si un interrupteur sectionne le “conducteur actif”, c’est aussi le cas d’un relais alimenté “à partir de la même origine que le point d’éclairage” et piloté par radio.

L’installation de modules radio n’est donc pas proscrite ni même certaines ampoules connectées qui intègrent un relais interne.

Passons donc à la suite :

La NF C 15-100 est citée par l’Arrêté du 3 août 2016 portant réglementation des installations électriques des bâtiments d’habitation paru au JORF n°0183 du 7 août 2016.
La NF C 15-100 est la norme de référence des installateurs pour le domaine de la Basse Tension.
*VEI 826-05-01
Les parties privatives des bâtiments d’habitation doivent désormais être mises en œuvre suivant les dispositions de l’arrêté du 3 août 2016, arrêté qui renvoie au Titre 10 de la NF C 15-100 en tant que présomption de conformité. De plus, la NF C 15-100 demeure le référentiel du CONSUEL pour les installations neuves.

Effectivement. Si la norme est claire sur l’obligation de la mise en place d’un circuit de commande sur le conducteur actif du dispositif à contrôler, il n’y a aucune indication sur quelconque impératif (manuel / automatique / radio / mécanique) concernant le déclenchement du-dit circuit de commande.

Au vu de la multiplication des cahiers des charges prévoyant la mise en œuvre, sur tout ou partie de l’installation électrique de logement, de dispositifs de commandes non filaires pour l’éclairage, la FFIE tient à rappeler à ses adhérents les dispositions normatives à mettre en œuvre.

Une piqûre de rappel sur la normalisation dans le métier est toujours bon à prendre. Mais l’objet de ce rappel pique ma curiosité… Quelle mouche les pique ?

 

Le Titre 10 de la NF C 15-100 (paragraphe 10.1.3.8.1 ) exige l’installation d’au moins un circuit de commande qui doit être de type filaire (exemples : circuit avec interrupteur mural, va-et-vient, variateur mural, boutons poussoirs, etc.). Pour chaque partie d’installation du logement, ou chaque pièce, des commandes non filaires (radio, piezzo, etc.) peuvent être installées mais seulement en complément des circuits de commandes filaires. Ce point a été précisé par la commission AFNOR en charge de la NF C 15-100.

Voici une conclusion relativement hâtive issue d’une lecture extrêmement réductrice de la norme NF C 15-100. Les exemples sus-cités sont vrais mais beaucoup d’autres sont conformes à cette définition (modules encastrés, automates…).

 

La NF C 15-100 en vigueur précise que chaque local équipé de point d’éclairage doit disposer d’au moins un circuit de commande. Ce dispositif de commande doit être fixe et peut être du type manuel ou automatique. Ce même paragraphe précise, en termes de recommandation, qu’un dispositif de commande fixe ne s’oppose pas à l’utilisation ultérieure d’un système de gestion d’éclairage automatisé. Enfin, pour faciliter l’installation dans le futur de tels appareils, il est recommandé que le conducteur neutre soit disponible à chaque point de commande.

Voilà qui ajoute une pointe de contradiction à leur thèse soutenue préalablement. Le dispositif de commande “peut” être manuel ou automatique. Donc commandé par… un système micro-contrôlé ou extérieur (piloté par radio par exemple).

 

Les circuits de prises commandées sont également visés par cette disposition.

Je ne vois aucune mention sur le fait qu’un “conducteur actif” ait obligation de se présenter sous forme de cuivre rigide gainé section 2.5mm². La prise venant s’intercaler entre le dispositif d’éclairage (ou autre) ses broches cuivrées peuvent tout à fait être assimilées à un conducteur actif et le relais qu’elle intègre comme circuit de commande.

 

La lecture de cet article exprime clairement une prise de position réfractaire de la part FFIE face à la mutation de la demande client et au changement que cela nécessite dans le métier “traditionnel” d’électricien. Si les aspects inquiétants de ces changements ne sont absolument pas fondés du fait que le métier est constamment soumis à une ré-actualisation des normes (souvent au profit de la sécurité) et que de ce fait le métier est soumis à une évolution permanente, je m’inquiète en revanche des conséquences de ce genre de déclaration ouverte qui peuvent impacter négativement de nombreux autres corps de métiers (fabricants, installateurs, distributeurs, commerçants…) suite à une lecture passive de ces lignes.
Le monde est en mouvement et des changements opèrent régulièrement. Les temps changent, la demande mute les métiers évoluent et nous ne pouvons aller à cette encontre. Le métier de scribe a évolué au profit de celui d’écrivain, celui de dactylographe au profit de celui d’informaticien. Les compétences métiers ne sont jamais “acquises”, les travailleurs doivent sans arrêt améliorer leurs techniques et technicités au fil des évolutions technologiques pour être compétitifs et productifs.
Pointer du doigt un marché et s’appuyer sur des textes dont le spectre d’interprétation est si large est à mon sens le meilleur moyen de tuer sa propre réputation. Historiquement, les luttes contre les inéluctables changements n’ont jamais eu d’impacts positifs. Appréhendons ensemble ce changement qui opère et travaillons main dans la main afin de dessiner un avenir (radio) radieux pour nos clients et nos métiers.


* Expression venant du mot latin filium utilisée dès l’Antiquité pour caractériser le caractère aléatoire d’une décision qui, portée tranquillement par le courant, peut amener à un échec ou à une réussite. De nos jours, cette dernière partie d’expression a été un peu oubliée.

 

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